— Ce que je pouvais était bien peu de chose, et j’ai été si heureux de le faire !
Elle l’enveloppait du regard affectueux de ses grands yeux limpides. Elle était réellement très contente de le voir, — contente parce qu’il parlait des siens…
Et elle interrogeait, toujours animée :
— Alors mon père est satisfait d’avoir la direction de cette exploitation de phosphates ? J’ai été bien tourmentée tant que l’affaire est restée en suspens, tant qu’il croyait avoir obtenu seulement une mission de quelques mois pour examiner ces carrières… Aussi le jour où j’ai appris que la nomination était chose faite, je l’aurais volontiers annoncé à tout le monde, tant j’avais de la joie plein le cœur ! Heureusement M. de Flers s’est trouvé sur mon chemin, comme toujours disposé à entendre mes récits, et je lui ai bien vite appris mon bonheur !
— M. de Flers ? interrompit André malgré lui.
— Oui, ne le connaissez-vous pas ?… Il était hier avec nous à la bataille des fleurs ! Il se montre toujours si aimable pour moi que, vraiment, je me suis habituée à compter sur lui comme sur un véritable ami.
Une contraction serra les lèvres d’André. Mais Suzy ne le remarqua pas, tout entière occupée par le souvenir de ceux qu’elle aimait, et elle poursuivit :
— Savez-vous pourquoi maman ne m’a pas donné d’explications sur la façon dont s’est arrangée l’affaire des phosphates ?… J’aurais tant aimé à en apprendre tous les détails… Je désire être au courant des plus petits faits qui se passent à la maison… De cette manière, il me semble encore m’y trouver !
Oui, André connaissait la cause du silence de Mme Douvry. C’était sur son instante prière qu’elle n’avait point écrit à Suzy les démarches faites par lui afin de préparer la nomination de M. Douvry. Par-dessus tout, il redoutait que Suzy crût lui avoir la moindre obligation.
Si elle consentait un jour à devenir sa femme, il ne voulait pas que ce fût par reconnaissance.