— Je ne l’épouserai jamais !… Il m’a demandé d’être sa femme, mais… mais je ne le pouvais pas !
— Pourquoi ?… Suzy, oh ! pourquoi ?
Elle eut la vision brusque d’un salon où chantait une grande artiste, puis d’une terrasse ombragée par des palmiers où lui parlait un homme très beau — et très égoïste… Et sa voix pure tomba presque solennelle dans le silence de cette fin de jour :
— Parce que j’avais appris à connaître M. de Flers et que je n’avais plus confiance en lui !
Rien que dans ces derniers mots, il la reconnaissait toute. Il l’avait aimée d’abord pour sa droiture… Ensuite il n’avait même plus su pourquoi il l’aimait.
— O Suzy, quelle tentation vous éveillez en moi par vos paroles !… Suzy, vous souvenez-vous encore de cette folle prière que je vous adressai un soir, quand vous alliez partir ?
— Je m’en souviens, murmura-t-elle.
Il lui semblait que le bonheur était là, tout près d’elle et d’André, que la douceur infinie de sa caresse les enveloppait comme la lueur d’or du couchant, comme le parfum de muguet qui flottait dans l’air tiède.
André continuait, du même accent, tout à la fois vibrant et contenu :
— Dieu sait qu’en venant aujourd’hui, j’étais résolu à ne plus vous importuner en vous reparlant du passé ! Mais parce que vous avez bien voulu m’écouter, je ne puis plus oublier que vous m’aviez permis un peu d’espoir jusqu’à votre retour… Suzy, si, de nouveau, je vous demandais d’avoir foi en moi, de me confier votre vie pour que je m’efforce de vous la faire heureuse et douce… me la refuseriez-vous ?