— Et quoi ?…
J’ai hésité une seconde. Puis, tant pis ! je me suis risquée :
— Et vous vous intéressez à moi plus qu’à Jeanne d’Estève, n’est-ce pas, puisque je suis votre cousine ?
— Mais bien entendu !… Pour moi, elle n’est qu’une étrangère… et vous, vous êtes ma petite amie… Êtes-vous rassurée, maintenant, et me croyez-vous ?
Si je le croyais !!! Je ne demandais que cela…
Père, j’ai un peu peur d’être une très mauvaise créature, une enfant égoïste et sans cœur… Comment, étant loin de vous, puis-je me trouver heureuse, comme je ne me rappelle pas l’avoir jamais été ? On dirait que, dans mon moi intime, une grande flamme s’est allumée. Elle me tient chaud au cœur, et, à sa lumière, tout est beau ainsi que dans les rêves !
....... .......... ...
Les feuillets griffonnés par Arlette s’arrêtaient sur ce cri de juvénile allégresse. Elle les laissa retomber devant elle et demeura songeuse, le menton appuyé sur ses petites mains jointes, emportée toute par le rêve enchanteur que faisait sa jeunesse… L’ombre s’épaississait autour d’elle, la chambre n’était plus éclairée que par les flammes du foyer. Elle n’y prenait pas garde… Et elle tressaillit, ramenée en pleine réalité, quand, la porte s’ouvrant, Madeleine apparut sur le seuil.
— Dieu ! qu’il fait sombre ici ! Arlette, est-ce que tu es endormie ? Nous t’avons trop longtemps laissée seule, ma pauvre petite !
Trop longtemps !… Y avait-il donc si longtemps que Mme Chausey et Madeleine étaient sorties ?