— Vous m’amènerez tous vos amis, n’est-ce pas ? Et vous ne leur direz pas que j’ai pris une seule leçon de danse, sans quoi ils auraient de la méfiance… ils me fuiraient. Et je désire tant voir le carnet que m’a donné Charlotte se couvrir de noms, et encore de noms ! Je le rapporterai tel quel à Douarnenez, et Mme Morgane pourra constater qu’à Paris on ne me trouvait pas un misérable avorton. Voilà !
— Voilà !… Mme Morgane sera punie ainsi qu’elle le mérite et que le lui souhaite Mlle Arlette. Et, maintenant, voulez-vous permettre à votre grand ami d’écrire le premier son nom sur votre carnet ? Je commencerai la précieuse série qui aura pour effet d’empêcher désormais la plus terrible des belles-mères de vous calomnier.
Je me suis écriée, ravie :
— Oh ! oui, mettez votre nom. Mettez-le autant de fois qu’il est possible. Avec vous, au moins, si je fais ou dis des choses pas convenables, ce n’est pas trop grave.
— Vous dites donc des choses « pas convenables » ?
— Madeleine trouve que oui. Je m’en aperçois bien !
— Mais nullement. Vous vous trompez. Croyez-en votre grand ami. Et restez vous-même, surtout !
C’était si gentil à lui de me rassurer ainsi, que je lui aurais volontiers sauté au cou pour le remercier ; mais je ne l’ai pas fait, père, soyez tranquille. Je lui ai seulement dit :
— Vous êtes excellent, Guy. Pendant le cotillon, placez-vous près de moi pour m’indiquer ce qu’il faudra faire.
— Bien entendu, si je puis. Mais, ce soir, je ne m’appartiendrai pas. Je serai une manière de maître de maison et je devrai m’occuper de toutes les dames présentes, pour donner le bon exemple.