— Si elle l’aime ! Dites plutôt qu’elle l’adore… Elle est bien douce, ma petite Agnès ; mais je crois que vous seriez capable de la transformer en une jeune lionne, si vous vous permettiez de critiquer même une aile de la cathédrale de Beaumont… comme Beaumont lui-même, d’ailleurs.

Gaiement, il dit :

— Ainsi, mademoiselle, Beaumont a votre cœur entier ?

— Oui, avoua-t-elle, tout de suite rougissante… C’est peut-être ridicule, mais je suis attachée à ses rues, à ses maisons, qui sont pour moi de vieilles amies ; qui me semblent, elles aussi, avoir un visage ! Je m’imagine qu’elles me reconnaissent au passage, et je me sens protégée par elles, qui m’ont vue toute petite.

— D’où je peux conclure que vous nous plaignez fort, nous autres Parisiens, qui ne pouvons, en général, être aussi privilégiés ?

— A Paris, je me sentirais perdue… Pour quelques amis, on a tant d’étrangers autour de soi ! Dans Beaumont, je me crois au milieu d’une grande famille !

— Oh ! la jolie chose que la jeunesse et les illusions ! n’est-ce pas, monsieur Morère ? remarqua au passage le commandant, sur qui la société de Beaumont ne produisait pas un effet aussi avantageux.

Mais Morère ne répondit pas à ces paroles, devinant Agnès interdite de la réflexion de son père. D’ailleurs, tous trois, ils débouchaient sur la grande place nue, où se dressait la basilique dans la splendeur de ses arches aériennes, de ses longues théories de saints gothiques, de ses clochetons, de ses sveltes ogives, sous le jet de sa flèche, véritable dentelle de pierre, de ses tours hautaines, d’où s’élançait, dans l’espace infini, l’essaim grimaçant des gargouilles.

— Ah ! mademoiselle, que je vous comprends d’avoir l’amour et la fierté de votre cathédrale ! fit Morère, trop sensible à toute beauté pour n’être pas enthousiasmé par cette superbe création des vieux siècles de foi.

Agnès eut dans les yeux un éclair ravi.