Et tout bas, elle se prenait à faire inconsciemment le souhait irréalisable qu’il demeurât longtemps auprès d’elle, occupé d’elle, la tenant sous l’éclair pensif de son regard. Elle ne voulait plus songer que les minutes passaient, que l’heure allait sonner où il devrait partir pour ne revenir peut-être jamais dans l’intimité de leur demeure…

Et déjà cette heure était arrivée. Le commandant approchait, disant :

— Mon cher ami, si vraiment vous ne voulez pas accepter notre hospitalité cette nuit, il est malheureusement l’heure que nous nous mettions en route vers la gare, afin de ne pas manquer votre train.

— Merci de me le rappeler. Il faut absolument que je sois demain matin à Paris.

Les lèvres d’Agnès eurent un frémissement. Allons, c’était bien fini !… Il partait… Alors elle s’aperçut que, jusqu’à la dernière minute, elle avait espéré contre toute vraisemblance qu’il consentirait à rester. Que lui avait-il donc fait, cet étranger, pour lui rendre sa présence ainsi précieuse, pour qu’elle éprouvât ce chagrin parce qu’il s’éloignait ?…

Avec son aisance d’homme du monde, il prenait congé de tous les hôtes de Mme Vésale, un peu en hâte, parce que le commandant le pressait à cause de l’heure avancée. Il s’inclinait devant Mme Vésale, la remerciant de son accueil en quelques paroles qui la remplirent de plaisir ; puis il s’arrêta devant Agnès, lui disant, à elle aussi, merci… Merci de quoi ? De l’avoir rendue bien heureuse durant quelques heures ?… Et comme elle lui avait tendu la main, respectueux, il se pencha très bas et l’effleura de ses lèvres, faisant ainsi monter une fugitive lueur rose au blanc petit visage.

— Allons, Morère, partons ! appelait le commandant. Nous serons en retard…

Il répéta :

— Partons !…

Il eut un dernier salut… Et la portière du salon retomba derrière lui. Agnès entendit décroître le bruit de son pas… Puis, lourdement, retomba la grand’porte qui se refermait. Il n’était plus là…