Je l’adore, miss Emely… C’est une si bonne âme ; quand je sors avec elle, c’est tout à fait comme si j’étais seule ; elle me répond quand je lui parle, et jamais elle ne me demande rien.

Maman nous avait fait atteler le coupé, car nous demeurons avenue de Messine, et notre cours a élu domicile rue de Verneuil. Un cours qui se respecte doit, paraît-il, être de l’autre côté de la Seine… Toujours l’influence de la vieille Sorbonne !

Il ne lui ressemble guère, en tout cas… Si j’étais Jeanne, je dirais « qu’il est du dernier bateau » ; mais maman a mis l’interdiction sur toutes les expressions de ce genre ; aussi, je me contente de le penser !… Son entrée m’a tout de suite rappelé celle du cercle Saint-Arnaud ; une belle grand’porte, un domestique en livrée qui la garde…

On nous a introduites dans un petit salon genre grave ; Mme de Simiane s’y trouvait, causant avec une grande et grosse dame en noir, qui riait…

Elle m’a présentée à cette dame : c’était Mme Divoir !

Ah ! quelle désillusion, mon Dieu ! Je me la figurais, puisqu’elle était malheureuse, petite, mince, pâle, avec de grands yeux tristes. Au lieu de cela, elle était grosse et elle riait !… Oui, elle riait !… et très gaiement !… Et elle avait une robe garnie de crêpe !…

Comme les veuves se consolent vite !…

C’est étrange… Mais c’est encourageant aussi !…

— Mlle Paule de Marsay, alors ? a demandé Mme Divoir, en me tendant la main.

Je me suis efforcée de lui répondre avec amabilité. Mais c’était plus fort que moi, je pensais toujours combien j’avais été naïve de la plaindre autant.