— C’est vrai, je ne l’avais pas prévu. Mais maintenant, j’ai accepté, j’accepte ma nouvelle existence avec tout ce qu’elle peut m’apporter de soucis, d’épreuves nouvelles, — peut-être aussi de joies ; car enfin, dans la vie, il s’en trouve quelquefois !

— Si rarement !…

— Ne me le rappelez pas, ne me découragez pas, je vous en supplie !… D’ailleurs, maintenant, grâce à vous, je ne suis plus seule ; j’ai une enfant, ma vie à un but…

Sans pitié, il précisa, étreint tout à coup par un désir cruel de jeter en elle, un écho de sa propre souffrance :

— Oui, jusqu’au mariage de Mlle Josette, vous vous dévouerez à elle… Et ensuite ?… Quand elle sera mariée ?…

Elle eut un geste de détachement suprême.

— Ensuite ?… Ensuite, je ferai comme toutes les mères ! Je vivrai de son bonheur qui sera la joie de ma solitude…

A mesure qu’elle parlait, elle lui semblait plus loin de lui, allant vers un monde où il ne pouvait la suivre. Et, intense à en devenir une douleur intolérable, se ravivait en lui la certitude qu’elle lui avait échappé parce qu’il n’avait su la retenir à l’heure où nul n’avait droit sur sa vie… Maintenant, il était trop tard !…

Avec une âpreté dont il n’avait pas conscience, il dit :

— Ah ! que vous êtes sage ! trop sage pour qu’il me soit possible de vous comprendre !… Quand je serai loin, je pourrai penser que vous êtes heureuse pour prix de votre dévouement… que vous ne regrettez rien !