— Où la fête des choses se donnerait pour vous seule ! dit Marc qui l’écoutait avec un étrange plaisir de la sentir toute vibrante ainsi.
— C’est-à-dire que je la goûterais à ma fantaisie, sans crainte de notes fausses et de couleurs dissonantes qui troublent mon plaisir !… Je crois que je suis gâtée par ma vie en Bretagne, dans une solitude exquise !
— Entendez-vous, de Bresles, avec quel accent cette petite parle de sa solitude ! Je crois pourtant que si elle l’aime à ce point, c’est qu’elle y vit avec une incomparable amie !… Vous avez de bonnes nouvelles de Mme de Moraines ? Josette.
— Oui, très bonnes, merci.
— Elle est toujours à Rothéneuf ?
— Oh ! oui, elle y passe tout l’été. En quittant Dieppe, j’irai l’y retrouver et nous y resterons jusqu’en novembre !
— De quel ton ravi, elle dit cela ! fit M. de Gannes qui semblait avec elle sur un pied d’amicale taquinerie. Elle n’a qu’un désir, c’est de nous quitter !
Elle ne répondit pas. Peut-être même n’avait-elle pas entendu. Un reflet de tendresse avait soudain baigné son visage expressif et Marc sentit qu’elle était tout à coup très loin de cette plage mondaine, tout son cœur allé vers l’amie absente.
Distraite, elle s’était remise à marcher pour monter la pente des galets, laissant M. de Gannes accaparé au passage par des amis ; et Marc avançait près d’elle avec le désir de l’entendre encore parler, de sa voix chaude, de ce qu’elle affectionnait ou redoutait. Il eût aimé la questionner sur Ghislaine ; mais cela, il n’osait, arrêté par la manière brève dont elle avait répondu à M. de Gannes quand celui-ci avait nommé la jeune femme.
Il tressaillit de l’entendre dire, comme si elle eût pénétré sa muette pensée :