Mais les paupières abaissées une seconde le lui voilaient, et, dans l’ombre du coupé, elle entendit seulement la voix de Josette monter presque suppliante, avec un frémissement :
— Oh ! maman, ne parlons pas de celui-là maintenant !… Votre enfant est à vous toute, elle ne veut encore être qu’à vous !
IV
A peine réinstallée à Paris, la marquise de Maulde reprenait ses réceptions hebdomadaires du soir, qu’elle organisait avec un art raffiné, d’abord pour son propre plaisir, puis pour celui de ses hôtes qui entendaient chez elle des artistes de tous genres, — valant presque toujours la peine d’être entendus…
Aussi, bien que novembre fût à peine en son milieu, que la saison mondaine ne fût encore qu’à son aurore, la plus brillante des cohues emplissait les deux salons ouverts ce soir-là, quand Ghislaine y arriva, accompagnant sa belle-fille. Avec une bonne grâce inaccoutumée, la marquise avait insisté pour qu’elle parût à sa première soirée, et elle avait accepté l’invitation, ne voulant pas rendre plus difficiles encore, par un refus, ses rapports très délicats avec Mme de Maulde.
Elle fut, d’ailleurs, accueillie par un de ces sourires séduisants que, dans son salon, la marquise n’eût pas refusé à sa pire ennemie. Elle s’entendit adresser quelques paroles banalement aimables, et put avoir, du moins, la satisfaction — frivole — de constater qu’elle avait réussi à habiller Josette au gré de sa difficile grand’mère. Celle-ci, d’un coup d’œil aigu, filtrant sous la paupière, avait en effet, inspecté la toilette de la jeune fille, avant même de songer à effleurer le front qu’elle lui offrait.
— Voyons ?… Voyons, petite, comment vous êtes faite ce soir ?… Pas mal !… Bien… Bien… C’est gentil, ce taffetas rose et cette vieille dentelle jaunie ! Pas assez décolletée pourtant… Tu l’es presque à la façon d’une pensionnaire de couvent !… Demande donc à Mme de Moraines de faire plus largement tailler tes corsages !
Josette eut un imperceptible froncement de sourcils, comme au temps où elle était une petite fille aisément révoltée. Mais elle ne releva pas la singulière réflexion de Mme de Maulde et dit simplement :
— Je suis aise, grand’mère, que ma robe vous plaise…
— Et j’espère qu’elle te plaît à toi aussi, que tu es ravie de constater qu’elle te va bien !… Sois donc jeune, petite Minerve. Jouis de tes vingt ans, de leur beauté et de la tienne !