Le désir mourait en lui d’aller à elle qui lui semblait tout à coup une étrangère. Il se détourna envahi par une impression de déception aiguë, — alors que pourtant depuis cinq ans, il n’avait plus espéré en elle, et son regard qu’une tristesse durcissait un peu, tomba sur Josette qui approchait dans sa fraîcheur d’aurore, dont le jeune regard lui souriait mieux encore que ses lèvres caressantes… Alors instinctivement, il alla vers elle, d’un élan qu’il ne raisonna pas…
Le concert reprenait, interrompant de nouveau la conversation de Ghislaine avec Dechartres… Maintenant toute à elle-même, la jeune femme chercha vite Josette des yeux, étonnée d’être restée si longtemps sans la voir venir… A travers les rangs pressés des auditeurs, elle l’aperçut soudain… A qui donc parlait-elle, avec cette lumière splendide dans le regard, cette douceur grave et délicieuse dans le sourire ?… Qui donc lui plaisait assez pour que des yeux clairvoyants de mère pussent être frappés tout de suite du rayonnement qui baignait le jeune visage expressif ?…
Un nom traversa la pensée de Ghislaine, et, reculant son fauteuil, d’un geste inconscient, elle se leva pour voir… Son intuition ne l’avait pas trompée, c’était bien à Marc de Bresles que Josette parlait…
Et comme lui aussi la regardait !…
Les paroles qu’ils échangeaient eussent certainement pu être entendues de tous… Pourtant, elle sentait qu’en les prononçant, ils étaient aussi seuls l’un avec l’autre qu’ils pouvaient l’être là-bas à Dieppe, quand, isolés du reste des promeneurs, ils contemplaient la mer, leurs âmes mystérieusement rapprochées par leur silence même…
Au plus intime de son cœur, une conviction pénétra, si aiguë qu’elle en éprouva une bizarre sensation de déchirure très douloureuse. Sans doute, quelque obscure espérance qui s’était obstinée à demeurer en elle venait d’être mise en lambeaux par la vérité… Josette aimait Marc de Bresles… Et lui l’aimait aussi — ou l’aimerait sûrement…
En son âme, obscurément, un inconscient cri de révolte jaillissait, pareil à une plainte : « C’est injuste ! C’est injuste !… » Sans but, sans idée, d’instinct, elle eût voulu aller vers le groupe des deux jeunes gens… Quelle folie ! Ni l’un ni l’autre ne souhaitaient guère sa présence en ce moment, et Josette, son aimante Josette était bien loin d’elle…
Le violon résonnait de nouveau ; elle se rassit, prisonnière des convenances, prisonnière du monde, prisonnière de sa propre volonté qui prétendait dompter la plainte de son cœur, — ce misérable cœur qui a tant de peine à mourir…
La chanteuse commençait la première mélodie d’un poème musical, ardemment triste et caressant. Elle disait :
… Je n’ai pas su lire ta pensée,