Dans les yeux de Josette, il y avait la tendresse coutumière, et une douceur passa en elle…

Marc, près de Josette, la regardait, la retrouvait soudain avec sa mélancolique expression… Elle lui tendait la main, il y appuya ses lèvres. Un imperceptible silence scellait leurs bouches une seconde, — peut-être parce qu’une fois encore, Josette se retrouvait involontairement entre eux… dans la première minute du retour comme dans la dernière de l’adieu…

Il dit, d’une voix un peu assourdie :

— Je commençais à désespérer, madame, d’arriver enfin jusqu’à vous… Comme autrefois, vous vous faites rare !

Comme autrefois ! Le mot la fit tressaillir. Il le devina. L’un et l’autre, ils pensaient soudain à ces jours enfuis qui les avaient, par hasard, rapprochés, aux disparus qui avaient été des vivants dans un passé qui ne ressusciterait pas…

Avec un frêle sourire sur ses lèvres que l’émotion faisait trembler un peu, elle répéta :

— Comme autrefois, les vrais amis savent me découvrir dans ma solitude… Moi aussi, j’étais désireuse de vous souhaiter la bienvenue ce soir, puisque j’ai eu le regret d’avoir manqué votre visite… Et j’ai ce regret d’autant plus vif que j’aurais trouvé bon de retrouver un ami tel que vous, ailleurs qu’au milieu de tout ce monde.

— Merci, fit-il avec cette sincérité d’accent qui donnait parfois tant de force à ses paroles.

Délicatement, Josette s’était éloignée. Mais autour d’eux, flottait le murmure frivole des conversations. Des regards les observaient, des curiosités s’attachaient à eux, les maintenant de force dans la pitoyable banalité de paroles qu’impose l’atmosphère mondaine… Et, l’un et l’autre, ils avaient l’énervante sensation de ne dire ni d’entendre, les mots qu’ils auraient souhaité… Lui assis près d’elle, ils causaient ; mais ils eussent été des indifférents, échangeant d’aimables propos de politesse, qu’ils ne se fussent pas autrement parlé. Il la félicitait sur son succès littéraire, sans insister, devinant combien elle y était indifférente. Elle l’interrogeait sur son voyage de retour, son séjour à Dieppe, son installation à Paris. Et il répondait, l’esprit distrait, appelant en vain la douce sensation d’intimité qui, jadis, naissait spontanément dans leur causerie, obsédé par l’obscure vision de la jeune femme causant avec Dechartres, très souriante et animée, intéressée par lui…

Les musiciens tziganes jouaient maintenant des mélodies bizarres pareilles à un capricieux chant de valse, mais elle seule, de tous deux, les entendait. En lui, grandissait une impatience presque douloureuse de voir fuir les instants qu’elle pouvait lui accorder, et cela sans qu’il eût senti se renouer entre elle et lui le lien d’autrefois.