Qu’importait ce qu’elle avait, pour elle-même, souhaité, rêvé, attendu, aux heures où même les plus désenchantés et les plus sceptiques sentent encore tressaillir en eux l’éternelle espérance… Sa jeunesse était déjà loin derrière elle. Seule, elle l’avait passée… Seule, elle devait continuer à vivre, détachée infiniment de sa propre destinée, mettant sa joie en celle de l’enfant devenue sienne…

Les instants fuyaient… Elle n’en avait pas conscience. Mais un bruit de chaises heurtées près d’elle lui fit tout à coup relever la tête… Alors seulement, elle s’aperçut qu’elle pleurait.

Devant ses yeux, une horloge marquait trois heures et demie. Elle tressaillit. Si tard déjà… Elle se souvenait que Marc devait venir la voir ce même jour, vers quatre heures… Marc dont elle avait été heureuse d’attendre la visite… Marc à qui elle allait parler de Josette…

Elle se leva. Une seconde encore, elle contempla, avec une muette prière, l’autel où la flamme des cierges nimbait de clarté la pâleur de l’hostie… Puis, de toute son âme, elle murmura lentement, comme une mystérieuse promesse :

— O ma Josette, mon enfant, ma petite Joie, tout le bonheur que je n’ai pas eu, si Dieu m’aide, je te le donnerai…

Alors, se détournant, elle sortit et vite, elle rentra chez elle. Maintenant, la paix suprême qui naît de l’entier renoncement pénétrait son âme tourmentée…

VI

Elle ôtait à peine ses vêtements de sortie quand le timbre d’entrée annonça un visiteur.

Était-ce donc déjà Marc ?

— M. de Bresles fait demander si Mme la comtesse peut le recevoir ?