Elle l’arrêta, souriant un peu, de ce sourire qui vient de l’âme même :
— Vous ne me dérangez pas, je vous attendais… Car j’espérais bien que vous vous souviendriez, — si j’osais, je dirais, enfin ! — que je suis pour vous une vieille amie, à qui vous deviez une vraie visite de bonne arrivée pour vous faire pardonner de ne pas avoir donné signe de vie pendant des années !
— Ne m’en veuillez pas ! Je vous assure que, très profondément, j’ai souffert de laisser rompre, par mon silence, les liens qui me rattachaient à ceux que j’avais laissés derrière moi… Mais j’étais parti résolu à n’importuner personne de mon souvenir…
— Pourquoi ? fit-elle avec sa douceur grave.
— Parce que je trouvais, je trouve que ceux qui partent comme j’étais parti, ne laissant derrière eux aucune affection profonde qui les suive anxieusement, vive de leur vie à travers la distance, ceux-là se doivent à eux-mêmes et aux autres de demeurer dans la solitude qu’ils ont choisie…
— Oui, s’ils l’ont choisie parce qu’ils l’aimaient… Mais pour vous, il n’en était pas tout à fait ainsi…
— Puisque j’avais librement accepté ma situation, je n’avais guère le droit de m’en plaindre ! D’ailleurs, cette vie rude, toute d’action, m’a été bienfaisante et je l’ai vraiment goûtée… Seulement…
Et il eut un sourire très jeune :
— Seulement, maintenant que le monde civilisé m’a repris, j’en arrive à me souvenir, avec étonnement et curiosité, de cet autre moi qui vivait comme une façon de sauvage, campait sous la tente, chassait au désert, se lançait, dès qu’il en avait l’occasion, dans des équipées où il risquait son existence, uniquement pour la saveur du danger… Un plaisir que, sans doute, je ne connaîtrai plus ainsi…
D’un indéfinissable accent, elle dit :