— Vous n’avez plus à gagner votre vie !
— Si… Et vous qui m’avez connue, après ma ruine, qui m’avez aidée, vous le savez mieux que personne…
— Mais les mauvais jours, heureusement, sont passés pour vous…
Elle arrêta sur lui son regard pensif et se redressant un peu, dans son fauteuil, elle dit :
— Pourquoi ainsi parler ?… Aussi bien que moi, je suis certaine, vous comprenez que mon mariage avec M. de Moraines ne pouvait réellement changer ma situation. Les apparences seules devenaient autres…
— C’est vrai…
Jamais plus peut-être qu’en cette minute, ils n’avaient eu si parfaite communion de pensée, dans leur dédain de toute fortune à laquelle ils ne se reconnaissaient pas droit. Elle poursuivait :
— J’ai donc travaillé. Et, en vérité, j’ai réussi comme jamais je ne l’aurais espéré autrefois, dans mes rêves les plus ambitieux… Grâce à Dieu, maintenant, comme vous le disiez tout à l’heure, je suis indépendante, et je le serai encore quand Josette sera mariée et que, comme une vraie mère, j’aurai même pu mettre ma part dans sa dot…
— Dans sa dot ?…
— Oui, ainsi que je l’ai toujours espéré, j’aurai la joie de pouvoir apporter dans sa corbeille, ce que m’avait légué la générosité du comte de Moraines…