— Chère madame, soyez tout à fait bonne, ne vous moquez pas de moi ! Il n’y a ni orgueil ni modestie, vous le savez, tout comme moi, à accepter n’importe quel poste, ceux-là surtout qui sont les moins recherchés ! quand on est dominé par la nécessité de faire son chemin dans le monde…
Les yeux distraits de Ghislaine se fixèrent, une seconde, sur cet homme qui, en toute simplicité, s’avouait étroitement étreint par la loi du travail. Vraiment, il semblait créé pour la lutte ; de sa physionomie presque altière, émanait une sorte de rayonnement d’intelligence et d’audacieuse volonté. Cet homme-là devait toujours savoir ce qu’il voulait, où il allait ; et, dans sa détresse, elle l’envia. Il causait avec Mme Dupuis-Béhenne. Mais elle entendait seulement le timbre un peu métallique de sa voix, car M. Dupuis-Béhenne, étirant ses favoris blancs, de son geste familier, s’excusait à elle de n’avoir pas réfléchi en gardant à déjeuner Marc de Bresles ; il craignait qu’elle ne trouvât pénible d’avoir, dans son deuil, à subir la présence d’un étranger.
Devant ce regret manifesté une seconde fois avec une sincérité chaleureuse, l’ombre d’un sourire passa sur la bouche douloureuse de Ghislaine.
— Je vous en prie, ne prenez aucun souci de ce genre à mon sujet. J’en suis arrivée à ce point que rien ne peut plus m’être pénible ! N’ayez donc pas de scrupule d’avoir gardé votre ami.
M. Dupuis-Béhenne ne répondit pas, un domestique ouvrait la porte de la salle à manger et annonçait :
— Madame est servie.
III
— Entrez, dit Ghislaine, répondant au coup discret frappé à la porte de la petite chambre qu’elle occupait, dans le couvent de la rue de Naples.
La jeune sœur converse qui faisait son service, ouvrit la porte et lui présenta trois lettres.
— C’est le courrier du matin, mademoiselle.