Du même accent, elle dit :
— Ce serait pour moi le bonheur que, de toute mon âme, je désire vous donner…
Cette fois, il ne doutait plus. Étroitement, il enveloppa dans les siennes les mains frémissantes qui s’abandonnaient… En son cœur d’homme, chantait la même joie divine qui palpitait éperdument en elle… Pour aucune femme, — même pour Ghislaine, dont il avait aimé la grâce et le fier courage, — il n’avait éprouvé aucun sentiment comparable à celui qui l’amenait vers cette enfant dont la jeunesse l’enivrait… Jeunesse de l’âme, jeunesse de la pensée, jeunesse de tout l’être dans la merveilleuse fraîcheur de la vingtième année… A travers le temps, les soucis, les épreuves qui l’avaient durement trempé, il était venu à elle, la fiancée d’élection, pour qu’elle lui fût donnée, incarnation radieuse de son bonheur humain…
Et une telle réalité, entrée ainsi subitement dans sa vie, lui semblait si belle, — à n’y point oser croire ! — que, malgré lui, il pria encore, sans détacher les yeux du cher petit visage :
— Répétez-moi que vous voulez bien être ma Josette, à moi, mon amour, mon unique… Vous qui, depuis des semaines, êtes pour moi la tentation vivante !
Elle murmura :
— Pourquoi ?
— Parce que j’avais peur d’être repoussé et de perdre ainsi même le droit de vous voir… Josette, ma précieuse petite Josette, vous ne craignez donc ni les années que j’ai plus que vous, ni mon méchant caractère, dont j’ai bien peur de n’arriver jamais à me corriger tout à fait ?… Vous me pardonnerez d’être jaloux de tout ce qui vous effleurera même, jaloux de vous garder pour moi seul, d’être le premier dans votre cœur, parce que vous serez pour moi la seule, l’âme même de la vie…
Elle eut un rayonnant sourire :
— Il faudra bien que je vous pardonne, puisque c’est ainsi, seulement, que je sais aimer, moi aussi…