— Sans doute, je ne sais pas la regarder par le bout de la lorgnette qui me la ferait voir ainsi ! Je suis trop incapable, — à un point absurde, je le reconnais ! — de pardonner aux gens les déceptions qu’ils me causent pour jouir, comme une façon de spectateur, de la représentation qu’ils veulent bien donner aux curieux. C’est que j’ai un détestable caractère. J’aime mieux vous en avertir tout de suite parce que, fatalement, à un moment ou à un autre, vous vous en apercevriez, et je n’aurais plus le bénéfice d’une humble confession !

Elle le regarda, souriant franchement cette fois, distraite malgré elle.

— Est-ce bien d’« humble » qu’il faut la qualifier ?

— Comment diriez-vous ?

— Orgueilleuse… si j’osais ! Votre humilité me paraît un peu de la nature de celle du lion de la fable quand il avouait ses méfaits !

Il se mit à rire et sa physionomie s’éclaira toute :

— J’ai cette faiblesse de vouloir que amis, ennemis et indifférents m’acceptent tel que je suis. C’est pourquoi il est préférable, je crois, pour l’agrément de ceux avec qui je pourrais être amené à voisiner, que les circonstances m’obligent à vivre très souvent loin de mes semblables. Je n’ai pas, mademoiselle, une philosophie aussi indulgente que la vôtre !

— La vie, bon gré mal gré, se charge de nous rendre très indulgent, ou très indifférent… Souvent les deux mots sont synonymes !

— Oui, quand on est arrivé au détachement infini de ceux qui n’espèrent plus rien des gens et des choses… Mais pour ma part, je n’en suis pas là ! Bien au contraire, je prétends beaucoup demander à la vie !

— Vous qui craignez les déceptions ?…