— Josette, vous êtes ici ? Que faites-vous là toute seule ?

— Je fuis les belles amies de grand’mère, leurs bavardages et celui de tous ces hommes dont la conversation vous paraît si agréable… Comment pouvez-vous ainsi aimer le monde ?

Une lueur d’orage flambait dans ses prunelles noires, et dans sa voix presque agressive, une sorte de colère impatiente vibrait.

Ghislaine l’enveloppa de son regard pensif.

— Où prenez-vous, Josette, que j’aime tant le monde ?

— Cela se voit bien, il vous absorbe, il vous transforme, il fait que vous n’êtes plus vous !

Après le père, voici l’enfant qui lui révélait qu’elle s’était, pendant ce dîner, montrée différente d’elle-même, de la Ghislaine qu’il leur plaisait de voir toujours en elle, la Ghislaine institutrice. Oh ! la liberté d’être, comme elle le sentait, gaie, triste ou silencieuse !

Une lassitude infinie l’envahissait ; et avec une amertume qu’elle ne pouvait dominer, elle répéta :

— Je ne suis plus moi parce que j’ai trouvé un peu de plaisir dans une conversation ! Ah ! petite Josette, si vous pouviez savoir quel bien cela fait parfois de s’échapper un instant à soi-même, vous ne me reprocheriez plus de m’être laissé distraire un moment !

L’écho de la lourde tristesse, qui s’était abattue si intense sur elle, vibrait dans son accent. Un regret aigu bouleversa Josette, ses mains se joignirent et tout bas alors, elle murmura ardemment :