— Enfin, vous vous entendez plutôt bien avec Josette ?
D’un singulier accent, Ghislaine dit :
— Josette ! Elle est l’intérêt, l’ombre de joie et le nouveau souci de ma vie.
— Pourquoi ?
— Parce que, comme je le prévoyais, je m’attache stupidement à elle et qu’alors ses lubies, ses froideurs soudaines, inexplicables, survenant alors que je la crois conquise, que je l’ai vue presque confiante, dans des minutes d’abandon qui sont exquises… tout cela me tient au cœur… Si pénétrée que je sois de la certitude que, pour n’être pas déçue, il ne faut rien attendre de bon des êtres ni des choses !
Mme Dupuis-Béhenne la regarda, surprise :
— Mais, Ghislaine, comment pouvez-vous accorder tant d’importance aux façons d’être d’une enfant ?
— Ah ! chère madame, quand on est isolée comme je le suis, on se prend là où l’on trouve même un semblant d’affection ! Et puis, vraiment, c’est trop dur de vivre sans se donner à personne ! Puisque ma vie de femme est sans avenir, que je ne serai la femme de personne…
— Qu’en savez-vous ? Ghislaine.
— Ah ! madame, il faut voir les choses comme elles sont. Soyez tranquille, d’ailleurs, le temps est bien passé, où dans ma toute jeunesse, j’ai pu regretter qu’il dût en être ainsi parce que j’étais pauvre. Selon toute vraisemblance, je ne me marierai jamais ; du moins, je veux posséder l’illusion d’être un peu une « maman » ; puisque je rencontre une petite fille très attachante, à peu près abandonnée moralement et qui m’est… donnée ; c’est le mot vrai !