Il s’effaçait pour la laisser passer ; mais elle sentit que ses yeux la suivaient tandis qu’elle descendait les dernières marches.

Dehors, c’était un crépuscule de mars gris et froid, sous un ciel lourd d’averses. Elle n’y prit pas garde. Elle songeait à sa conversation avec Mme Dupuis-Béhenne qui avait réveillé les souvenirs de toute sorte nés de la vie nouvelle qu’elle menait, évoquant même la vision vague de tant de visages étrangers qu’elle avait vus passer dans le salon de Mme de Maulde ; des gens du monde, gens de lettres, artistes qui, tous, ou presque tous, l’avaient remarquée et le lui avaient montré, si enfermée qu’elle demeurât dans une réserve qui tenait à distance les curiosités, les amabilités protectrices, les équivoques témoignages de sympathie dont sa clairvoyance démêlait vite la valeur…

Tout à coup, elle pensa à sa brève conversation avec Marc, et une impatience la prit contre elle-même de s’être ainsi laissée aller à lui livrer un peu de l’intimité de sa pensée. Pourquoi avait-elle eu cet abandon ?… Elle fit un léger mouvement d’épaules qui semblait rejeter en arrière la vaine attention donnée à des étrangers, et son esprit revint vers la fantasque petite créature vers laquelle était attiré tout son cœur solitaire.

De quelle humeur allait-elle la retrouver ? Elle l’avait quittée ayant, sans motif apparent, son visage des mauvais jours, vibrante, prête à se révolter si le moindre obstacle se dressait contre sa fantaisie ; avec elle, froide, presque agressive, comme si quelque obscur grief contre elle irritait son jeune cœur ombrageux.

Peut-être, après tout, Josette était-elle simplement énervée par son gros rhume qui eût dû la retenir enfermée. Mais Mme de Maulde n’étant jamais souffrante même, jugeait qu’il fallait traiter les malaises par le mépris, et avait déclaré à Ghislaine qu’elle ne voyait nul inconvénient à ce que Josette sortît ce jour-là, comme il était convenu, pour passer l’après-midi chez des amies. Et Ghislaine avait dû s’incliner devant la double volonté de la grand’mère et de l’enfant.

Maintenant, l’idée s’emparait d’elle qu’elle avait eu tort de ne pas insister pour que cette imprudence fût évitée.

Elle pressa le pas. D’ailleurs, il était tard. L’heure du dîner se faisait proche ; si proche, en effet, qu’en arrivant à l’hôtel, elle vit qu’un instant à peine lui restait pour s’habiller avant le repas. Vite, elle monta dans sa chambre. Un feu clair y brûlait ; la lampe y était allumée, et sa clarté douce baignait une admirable botte de roses qui, déposées sur la table, évoquaient soudain une exquise vision d’été.

Ghislaine sentit, dans cette attention, le cœur de Josette. C’était là une des formes d’amende honorable dont elle était coutumière… Traversant la pièce qui séparait sa chambre de celle de la fillette, elle appela doucement :

— Josette ! Vous êtes là ?

La porte s’entr’ouvrit.