— Que je m’éloigne de vous, parce que vous dites que vous m’aimez, Josette !

— Parce que je suis une égoïste, capricieuse, méchante fille ! Écoutez la fin, maintenant… Quand je vous ai vue partir si tranquille, me laissant chez Yvonne, l’air indifférente, je n’ai plus eu que l’idée de vous obliger à vous occuper de moi, à n’importe quel prix ! Alors…

La voix de Josette s’étouffa plus encore. Elle parlait si bas qu’à peine Ghislaine l’entendait.

— Alors ? chérie.

Josette releva un peu la tête et sans pitié pour elle-même, elle acheva, laissant son regard dans celui de Ghislaine :

— Alors, comme je savais que vous seriez fâchée que j’aille patiner, enrhumée comme je l’étais, comme j’avais la certitude que vous deviendriez inquiète si j’étais un peu souffrante… vous voyez comme je vous connais !… que vous vous reprocheriez de n’avoir pas insisté auprès de grand’mère pour que je reste à la maison, j’ai fait exprès d’aller au Palais de glace, d’y patiner sans m’arrêter… Pour que vous pensiez à moi, pour avoir une place dans votre vie, pour que j’y compte pour quelque chose, même en mal, tantôt j’aurais même risqué de me tuer !

Dans sa voix, dans tout son être, vibrait une sorte de violence passionnée, et Ghislaine sentit que ses paroles étaient non une vaine déclamation d’enfant, mais l’absolue et simple vérité…

Avant qu’elle eût répondu, Josette s’était redressée et, rejetant en arrière, cette fois, le flot sombre de ses cheveux, elle priait avec une humilité d’accent que jamais Ghislaine ne lui avait encore entendue :

— Pouvez-vous me pardonner ? Je vous assure que j’ai très honte de moi-même et que je me juge aussi mal, aussi sévèrement que vous pouvez le faire ! Personne ne m’a habituée à ne pas suivre, sans hésiter ni réfléchir, toutes mes impressions, même les plus mauvaises !… Avant de vous connaître, je n’y prenais pas garde, tant je me savais seule, indifférente à ceux qui m’entouraient. Mais vous avez été si bonne pour moi que, dès le premier jour de votre arrivée, je ne me suis plus sentie abandonnée… Quelque chose me criait que vous aviez vraiment de l’intérêt pour moi, que je pouvais aller à vous sans crainte d’être déçue… Seulement, c’était si beau et si délicieux d’espérer même cela, que je ne pouvais croire que ce fût vrai. Et mon mauvais moi, celui qui doute de tout et de tout le monde, voulait me persuader que mon imagination seule me faisait vous voir ainsi !… Je m’efforçais de ne pas vous aimer… Maintenant…

Ghislaine l’enveloppa d’un regard où était toute son âme.