— Ghislaine, je voudrais mourir en vous laissant mon nom… Par pitié, acceptez d’être mariée à un mourant…

— Mariée ?

Le mot lui échappa pareil à un cri.

Elle le contemplait avec une espèce d’épouvante. Était-ce le délire qui le faisait parler ou bien se sentait-il déjà tellement en dehors des choses de la terre que, seule, la réalisation de son suprême et dernier désir intéressait sa pensée ?

De sa voix faible, si émouvante, il reprenait :

— Si je dois mourir, Ghislaine, donnez-moi cette dernière joie. Vous serez libre bien vite… C’est tellement horrible d’être ainsi brisé tout à coup !… Par pitié ! Ghislaine. Que je meure, vous sachant mienne, « ma Ghislaine », comme dit Josette…

Par pitié ! Toujours ces mêmes mots par lesquels, mystérieusement, il semblait l’envoûter. Ah ! oui, elle avait pitié, une pitié infinie… Mais il lui demandait trop ! Elle ne pouvait consentir à un tel mariage !… Elle ne pouvait !…

Comment le faire comprendre à cet homme en péril de mort qui ne jugeait plus des choses comme le font les vivants, et s’attachait désespérément à elle au milieu de l’effroyable catastrophe qui l’emportait…

Par pitié !… Les mots résonnaient avec leur accent de prière poignante dans son âme même. Et une terreur, tout à coup, l’envahissait que sa volonté ne défaillît dans le désir d’adoucir un peu l’affreuse agonie morale de cet homme qui l’avait aimée…

XII