— Oh ! tu sais, pour ce que ça m’intéresse !… Je te laisse faire ce que tu veux. Je ne t’empêche pas de faire de ta poésie mais laisse-moi tranquille le plus possible avec ça.

Comme il avait besoin de parler il lui raconta tout de même l’entrevue par le menu. Pour lui ce fut une belle journée.

Il fallut aussi que le lundi matin il en fît part à Dominique. Mais celui-ci fit la sourde oreille d’abord et dit ensuite :

— Moi je ne me suis jamais occupé de ça !

Dominique avait sur la dignité de l’écrivain des idées très arrêtées. Il eût pensé forfaire à son génie s’il avait été proposer à quelque revue les vers issus de ses méditations : depuis dix ans il attendait qu’on vînt les lui demander.

La joie de Vaneau était trop grande pour que ces indifférences pussent la diminuer. Il écrivit beaucoup avec plus d’allégresse encore.

A cette revue il serait retourné le dimanche suivant n’eût été la crainte d’être importun. Mais quinze jours après ce fut plus fort que lui. Il entrait, son chapeau à la main avant même d’avoir sonné. Un peu plus il se fût découvert dès la porte cochère pour passer devant la loge du concierge. Tout de suite il s’excusait.

— Je vous demande pardon de vous déranger, disait-il.

Il hésitait à s’asseoir. Il n’était venu qu’en passant et resterait cinq minutes à peine. Malgré ses fermes résolutions il manquait singulièrement d’assurance.

Ce dimanche-là comme il était assis depuis un quart d’heure — il ne parlait plus de s’en aller, — la porte s’ouvrit ; un grand monsieur — barbe grisonnante, cheveux blancs, ruban rouge à la boutonnière, — entra mâchonnant un cigare d’un sou.