— Et personne ici.
Mais ils ne voulaient pas avouer leur détresse. Ils consentaient seulement à ce qu’on la vît. Ils avaient l’air de craindre que Jeanne et Vaneau ne vinssent leur demander de l’argent. Ils s’isolaient dans leur misère commençante. Ils étaient secs, durs, lointains. Pourtant ils aimaient leur fille. Mais la faute en était à la vie.
V
Il fit la connaissance d’un jeune étudiant, petit, avec un binocle et une moustache brune, qui sortait avec des journaux dans ses poches. Il s’appelait Verrière et venait de réciter des vers à la réunion mensuelle comme on en avait pris l’habitude. Vaneau par timidité s’y refusait toujours ; personne d’ailleurs ne l’en priait outre mesure. Quant aux jeunes filles chacune d’elles attendait son tour avec impatience.
A la sortie il se trouva près de Verrière sur le palier, et dut se présenter lui-même puisque pour Verrière comme pour les autres il était un inconnu. C’est une grande supériorité de porter binocle et d’être étudiant, et Verrière lui demanda :
— Vous n’avez encore rien publié ? du même ton que Detroyes.
— Non ! dit Vaneau. Mais tout de même il se sentait un peu plus à son aise qu’avec Detroyes. J’ai écrit beaucoup de vers ; je travaille depuis des années mais sans résultat.
— Peuh ! Allons donc ! dit Verrière, comme quelqu’un à qui rien ne peut résister.
Il marchait à petits pas, s’arrêtait souvent : Vaneau faisait attention de ne point marcher plus vite et de s’arrêter en même temps que lui. Il voulait que tout le monde eût bonne opinion de sa politesse, estimant que c’était la seule chance qu’il eût pour réussir.
— Mais mon cher ami, — il l’appelait déjà son « cher ami », — ce ne sont pas les débouchés qui manquent. Les revues ! les journaux ! Mais ils ne demandent que ça, de la copie ! Ainsi, moi, regardez…