— Ma pièce est fausse ? Et à quoi donc le voyez-vous ?
Elle eût été incapable, pour son compte, de distinguer une pièce bonne d’une mauvaise. Elle comptait d’habitude par gros sous. Jamais il ne lui était tant passé d’argent par les mains que depuis l’arrivée du Louis. Mme Philippot fit sonner la pièce.
— Certainement, dit la mère Labussière, elle n’a pas un son naturel. D’ailleurs, depuis quelque temps, c’est effrayant ce qu’il y a de fausse monnaie en circulation ici.
— Eh bien ! donnez-moi toujours mes quatre biftecks. Je vous paierai demain.
Mme Philippot fut embarrassée. Elle n’aimait pas faire de la peine aux gens.
— Ma pauvre madame Clergot, dit-elle, je regrette. Mais cela m’est impossible.
La vieille partit, toute confuse, rouge d’indignation. Elle n’y comprenait rien.
A la maison, elle trouva, en plus du Louis et de sa femme. — le vieux était dans ses champs, — le brigadier de gendarmerie, le gendarme, les trois messieurs, et M. Menestreau. Ils venaient de se faire ouvrir la porte de la chambre. Le Louis les regardait avec une grande dignité. Elle fut heureuse de voir que M. Menestreau eût retrouvé le chemin de la maison, où, depuis une semaine, on ne l’avait pas vu. C’était lui qui avait amené ici, certainement, les messieurs et les gendarmes. C’était un grand honneur. Puis l’idée qu’on lui eût refusé de la viande, que la mère Labussière se fût moquée d’eux tous, lui revint. Et tandis que dans la chambre, où pour la première fois M. Menestreau pénétrait, — le lit était fait, — ces messieurs découvraient des moules, des piles, un bain galvanique, des poudres à polir, des brosses, la pauvre vieille se précipita vers son Louis et lui dit :
— Figure-toi que la bouchère n’a pas voulu me servir. Tout le monde nous en veut. Elle aussi. Elle prétend que cette pièce-là est fausse !