47. — Et nous nous regardions avec haine, parce que c’est le contraire de l’amour.
48. — Elle me dit : Nous avons piétiné l’amour avec nos pieds.
49. — Mon cœur lui répondit : Je ne t’aimais pas. J’ai seulement eu besoin de toi. Et toi, m’aimais-tu, pour oser parler ainsi ?
50. — Elle mit alors sa figure dans ses mains.
51. — Et voyant qu’elle était honteuse de sa figure qui était son esprit, et la cachait comme Eve avait caché son corps,
52. — Je lui dis : Pourquoi ? Quel mal avons-nous fait ?
53. — Car c’est, maintenant, par sa souffrance qu’elle me tente, et que je tremble d’elle, et sur les ruines de nos corps et du terrible plaisir balayé, et de l’égoïsme d’amour, la pitié de tendresse est inventée, la douceur double. Ne vois-tu pas qu’avec deux, l’amour des sens fait un et un, mais que la pitié fait un ?
54. — Car Dieu sera mêlé à notre ciel, a-t-on dit, le jour où nous nous déshabillerons et n’aurons plus honte. La sensualité a honte de savoir, la pitié a honte de ne pas savoir.
55. — Et moi, j’ai honte de te regarder avec les yeux de l’amour mort.
56. — Car tu es toi.