68. — Et que j’avais perdu bien du temps loin du devoir que je m’étais donné : Faire quelque chose de juste.

69. — Car mes temps vont être passés, et il sera trop tard.

70. — Je suis venu ici par le chemin des convoitises personnelles. Et je me demandais : Quelle voie prendrai-je pour m’en retourner ? Car je ne savais pas laquelle il fallait prendre.

71. — Car il y a deux voies et deux fatalités : Celle de chacun et celle de tous.

72. — Et voici celle de chacun : Jouir et souffrir, chacun, dans son cœur et dans son corps, par l’amour et la mort. Et le désir n’a jamais ce qu’il veut, car il veut ce qu’il n’a pas. C’est là la plaie sans fin creusée dans chacun, et la chute originelle de chacun. Sur cette voie, tout est vanité, si bien qu’il n’est de rachat pour chacun que dans sa propre passion.

73. — Car le vivant ne peut pas tuer la souffrance enfermée en lui. Il peut seulement mourir.

74. — Et voici la fatalité de tous : Subir le mal des gens d’en haut. A cette fatalité, il faut apprendre à désobéir. Et cette œuvre de désobéissance a la durée. Ta destinée, à toi, solitaire, c’est celle où la mort finit tout. La destinée de tous, c’est celle où la mort n’est rien.

75. — Car le peuple innombrable qui possède la douleur, possède aussi l’immortalité : même quand on l’a tué, il peut encore crier et se lever.

76. — Et dans ce train de choses, on ne peut pas dire : tout est vanité. Car si la première fatalité que j’ai dite, nous vainc, l’autre, nous la vaincrons si nous sommes ensemble. Le fou se laisse aller à la pente des chairs. Il a son cœur à gauche ; mais le sage a son cœur à droite.

77. — L’œuvre qu’on doit faire, c’est celle qui est faisable.