4. — Didyme, qui en avait gros sur le cœur, et qui était toujours mécontent (et je l’aimais pour cela), intervint avec colère :
5. — Pourquoi l’homme bon mène-t-il une vie courte et pleine d’ennui ? Il crie et il n’y a pas de jugement. Il prie comme quelqu’un qui parle tout seul. Puis il perd ses forces et il expire, il se couche par terre, et où est-il ?
6. — Et pourquoi, ainsi que Job l’a demandé, les méchants vivent-ils et vieillissent-ils en méchanceté et en prospérité ? Pourquoi ce Job, le même qui a demandé cela, a-t-il été endeuillé, dépouillé, et pourri à vif, et a-t-il dit à la fosse : Tu es mon père, et aux vers : Vous êtes ma famille, — pour que Dieu et Satan pussent faire un jeu et un essai avec lui ?
7. — Car la souffrance, dit Didyme, est ineffaçable, et quelle est la raison pour laquelle l’innocent puisse être, même pendant un instant d’instant, traité en malfaiteur ? N’y aurait-il qu’une goutte de sang sur la terre, devrait-elle être versée ? Cette goutte de sang n’est-elle pas aussi lourde que toute la bonté ? Et puisque la souffrance est une œuvre vaine, pourquoi Dieu l’a-t-il créée à travers les chairs et les os de l’homme ?
8. — Et Didyme cria à haute voix, selon sa nature : Les épreuves sont des abominations.
9. — Comme il était entraîné sur la pente de lui-même, il clama : N’eût-il fait que le mal ! Mais pourquoi a-t-il condamné à mort ?
10. — Seigneur, créateur incessant des cadavres !
11. — Mais il se tut en entendant les murmures par lesquels les autres murmuraient contre lui.
12. — Nathanaël dit : Nous ne saurions rien dire à cause de nos ténèbres, et si quelqu’un veut en parler (de Dieu, et du mariage de Dieu et de la souffrance), il en sera comme englouti.
13. — Car l’homme n’est rien, et se justifier, ou expliquer, ce serait se jouer du Dieu de l’ordre établi, et se poser comme l’égal de celui dont Job, le géant de l’Ecriture, a dit : Même s’il me répondait, je ne croirais pas qu’il m’a écouté.