37. — Tout est en nous, et notre cri ne se dépasse pas, et notre bras tendu en avant ne se dépasse pas, et nous n’allons pas plus loin que nous, même fous de rêve et furieux de désespoir.
38. — Alors Dieu n’est-il qu’en nous ?
39. — Oui, il n’est qu’en nous.
40. — Il est en nous comme les morts qu’on a aimés et qu’on fait vivre. C’est une mêlée où il n’y a que nous. Dieu est en secret. En esprit, dites-vous. Réellement en esprit. Dieu de bas en haut !
41. — Il serait meilleur qu’il fût en dehors de nous, que la pluie eût un père, et que quelqu’un dît au feu ce qu’il doit faire, car s’il était là-bas, les mourants feraient semblant de mourir ; et l’endeuillé sentirait sa solitude se dédoubler, et la destinée serait une grande balance, et on serait tranquilles.
42. — Mais il n’y est pas.
43. — Et dire : Dieu existe à travers le monde de l’apparence, c’est aussi insensé que de dire : Il faut être heureux.
44. — Et croire parce qu’on aurait intérêt à croire, c’est une prostitution de l’âme. Tu te livres pour de l’argent.
45. — Tu referas toujours ton cœur.
46. — Tu referas toujours l’œuvre de création de l’esprit,