Puis il ajouta avec ce hochement de tête qui ne l’avait pas beaucoup quitté ce matin-là:

—Mais enfin! Tout d’même, y a un fait...

Nous grimpâmes la pente. Le froid s’était changé en tiédeur. Arrivés à une plate-forme de terrain:

—Asseyons-nous encore un petit coup avant de rentrer, proposa-t-il.

Il s’assit, lourd d’un monde de réflexions qui s’enchevêtraient. Son front se plissait. Puis il se tourna vers moi d’un air embarrassé, comme s’il avait un service à me demander.

—Dis donc, vieux, je m’demande si j’ai raison.

Mais après m’avoir regardé, il regardait les choses comme s’il voulait les consulter plus que moi.

Une transformation se faisait dans le ciel et sur la terre. Le brouillard n’était presque plus qu’un rêve. Les distances se dévoilaient. La plaine étroite, morne, grise, s’agrandissait, chassait ses ombres et se colorait. La clarté la couvrait peu à peu, de l’est à l’ouest, comme deux ailes.

Et voilà que là-bas, à nos pieds, on a vu Souchez entre les arbres. A la faveur de la distance et de la lumière, la petite localité se reconstituait aux yeux, neuve de soleil!

—Est-ce que j’ai raison? répéta Poterloo, plus vacillant, plus incertain.