On attend. On se fatigue d’être assis: on se lève. Les articulations s’étirent avec des crissements de bois qui joue et de vieux gonds: L’humidité rouille les hommes comme les fusils, plus lentement mais plus à fond. Et on recommence, autrement, à attendre.

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On attend toujours, dans l’état de guerre. On est devenu des machines à attendre.

Pour le moment, c’est la soupe qu’on attend. Après, ce seront les lettres. Mais chaque chose en son temps: lorsqu’on en aura fini avec la soupe, on songera aux lettres. Ensuite, on se mettra à attendre autre chose.

La faim et la soif sont des instincts intenses qui agissent puissamment sur l’esprit de mes compagnons. Comme la soupe tarde, ils commencent à se plaindre et à s’irriter. Le besoin de la nourriture et de boisson leur sort de la bouche en grognements:

—V’là huit plombes. Tout d’même, cette croûte, qu’est-ce qu’elle fout, qu’elle radine pas?

—Justement, moi qui ai la dent depuis hier midi, rechigne Lamuse, dont l’œil est humide de désir et dont les joues présentent de gros coups de badigeon de la couleur du vin.

Le mécontentement s’aigrit de minute en minute:

—Plumet a dû s’envoyer dans l’entonnoir mon bidon d’réglisse qu’i d’vait m’apporter, et d’autres avec, et il est tombé saoul qué’qu’ part par là.

—C’est sûr et certain, appuie Marthereau.