—Moi, un bouton mécanique. Pas d’erreur. Dans l’ noir je l’ sens tout de suite et j’ dis: «C’est ma carabine». Pa’ce que, tu comprends, y a des gars qui s’en font pas, i’s s’ les roulent pendant que l’ copain nettèye, pis i’ s’ foulent l’ poignet en douce sur la clarinette de la poire qu’a nettéyé; pis même i’s n’ont pas la trouille ed’ dire, après: «Mon capitaine, j’ai un fusil qu’est olrède.» Moi, j’ marche pas dans la combine. C’est l’ système D, et l’ système D, mon vieux phénomène, y a des fois où c’ que j’en ai pus que marre.

Et les fusils, tout en se ressemblant, diffèrent comme les écritures.

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* *

—C’est curieux et bizarre, me dit Marthereau, on monte demain aux tranchées, et il n’y a pas encore de viande saoule ni d’ futur bois, ce soir et—coute!—pas de disputes encore. Tant qu’à moi...

«Ah! j’ dis pas, concède-t-il tout de suite, que ces deux-là n’ soient pas un peu garnis, ni un peu vaseux... Sans être tout à fait mûrs, ils ont l’ nez sale, quoi...

—C’est Poitron et Poilpot, de l’escouade à Broyer. Ils sont couchés et parlent bas. On distingue le nez rond de l’un qui brille comme sa bouche, juste à côté d’une bougie, et sa main qui fait, un doigt levé, de petits gestes explicatifs suivis fidèlement par une ombre portée.

—J’ sais allumer le feu, mais j’ sais pas l’ rallumer quand il est éteint, déclare Poitron.

—Ballot! dit Poilpot, si tu sais l’allumer, tu sais l’rallumer, vu qu’ si tu l’allumes, c’est qu’il a été éteint, et tu peux dire que tu l’ rallumes quand tu l’allumes.

—Tout ça, c’est du bourre-mou. J’ sais pas calculer et je m’ fous des boniments que tu m’balances. J’ te dis et j’ te répète que, pour allumer un feu, j’ suis là, mais pour l’ rallumer quand i’ s’a éteint, ça n’a rien à faire. J’ peux pas mieux dire.

Je n’entends pas l’insistance de Poilpot.