—On l’a coulé en chandelles, faut croire.
—L’pus pire, c’est qu’on n’peut pas allumer sa pipe.
—C’est vrai, c’est la misère! J’ai pus d’ mèche. J’en avais qué’qu’ bouts, mais, allez, partez! J’ai beau fouiller toutes les poches de mon étui à puces, rien. Et pour en acheter, comme tu dis, c’est midi.
—Moi, j’ai un tout p’tit bout d’mèche que j’garde.
Ça, c’est dur, en effet, et il est pitoyable de voir les poilus qui ne peuvent pas allumer leur pipe ou leur cigarette, et qui, résignés, les mettent dans la poche et se promènent. Par bonheur, Tirloir a son briquet à essence avec encore un peu d’essence dedans. Ceux qui le savent s’accumulent autour de lui, porteurs de leur pipe bourrée et froide. Et même pas de papier qu’on allumerait à la flamme du briquet: il faut se servir de la flamme même de la mèche et user le liquide qui reste dans son maigre ventre d’insecte.
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* *
...Moi, j’ai eu de la chance... Je vois Paradis qui erre, sa bonne face au vent, en ronchonnant et en mâchant un bout de bois.
—Tiens, lui dis-je, prends ça!
—Une boîte d’allumettes! s’exclame-t-il, émerveillé, en regardant l’objet comme on regarde an bijou. Ah, zut! c’est chic, ça! Des allumettes!
Un instant après, on le voit qui allume sa pipe, sa figure en cocarde magnifiquement empourprée par le reflet de la flamme, et tout le monde se récrie et dit: