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pour tous les pays.
Copyright 1917,
by Ernest Flammarion.
L E F E U
(Journal d’une Escouade)
| [TABLE DES MATIÈRES] |
I
LA VISION
La Dent du Midi, l’Aiguille Verte et le Mont Blanc font face aux figures exsangues émergeant des couvertures alignées sur la galerie du sanatorium.
Au premier étage de l’hôpital-palais, cette terrasse à balcon de bois découpé, que garantit une vérandah, est isolée dans l’espace, et surplombe le monde.
Les couvertures de laine fine—rouges, vertes, havane ou blanches—d’où sortent des visages affinés aux yeux rayonnants, sont tranquilles. Le silence règne sur les chaises longues. Quelqu’un a toussé. Puis, on n’entend plus que de loin en loin le bruit des pages d’un livre, tournées à intervalles réguliers, ou le murmure d’une demande et d’une réponse discrète, de voisin à voisin, ou parfois sur la balustrade, le tumulte d’éventail d’une corneille hardie échappée aux bandes qui font, dans l’immensité transparente, des chapelets de perles noires.
Le silence est la loi. Au reste, ceux qui, riches, indépendants, sont venus ici de tous les points de la terre, frappés du même malheur, ont perdu l’habitude de parler. Ils sont repliés sur eux-mêmes, et pensent à leur vie et à leur mort.
Une servante paraît sur la galerie; elle marche doucement et est habillée de blanc. Elle apporte des journaux, les distribue.
—C’est chose faite, dit celui qui a déployé le premier son journal, la guerre est déclarée.