La comédie quotidienne de la soupe recommence, à la surface de ce drame.

—Ne touchez pas à vos vivres de réserve! dit Bertrand. Aussitôt revenu de voir le capitaine, je vais vous servir.

De retour, il apporte, il distribue et on mange la salade de pommes de terre et d’oignons, et, à mesure qu’on mâche, les traits se détendent, les yeux se calment.

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Paradis a arboré pour manger un bonnet de police. Ce n’est guère le lieu ni le moment, mais ce bonnet est tout neuf et le tailleur, qui le lui a promis depuis trois mois, ne le lui à donné que le jour où on est monté. La souple coiffure bicornue de drap colorié en bleu vif, posée sur sa bonne balle florissante, lui donne l’aspect d’un gendarme en carton pâte aux joues enluminées. Cependant, tout en mangeant, Paradis me regarde fixement. Je m’approche de lui.

—Tu as une bonne tête.

—T’ occupe pas, répond-il. J’ voudrais t’ causer. Viens voir par ici.

Il tend la main vers son quart demi-plein, posé près de son couvert et de ses affaires, hésite, puis se décide à mettre en sûreté le vin dans son gosier et le quart dans sa poche. Il s’éloigne.

Je le suis. Il prend en passant son casque qui bée sur la banquette de terre. Au bout d’une dizaine de pas, il se rapproche de moi et me dit tout bas, avec un drôle d’air, sans me regarder, comme il fait quand il est ému:

—Je sais où est Mesnil André. Veux-tu le voir? Viens.