—Moi, i’s étaient quat’ dans l’ fond du trou. J’ les ai appelés pour les faire sortir: à mesure qu’un sortait, j’y ai crevé la peau. J’avais du rouge qui me descendait jusqu’au coude. J’en ai les manches collées.
—Ah! reprit le premier, quand on racont’ra ça plus tard, si on r’vient, à eux autres chez nous, près du fourneau et de la chandelle, qui voudra y croire? C’est-t-i’ pas malheureux, s’pas?
—J’ m’en fous, pourvu qu’on r’vienne, fit l’autre. Vitement, la fin, et qu’ ça.
Bertrand parlait peu, d’ordinaire, et ne parlait jamais de lui-même. Il dit pourtant:
—J’en ai eu trois sur les bras. J’ai frappé comme un fou. Ah! nous étions tous comme des bêtes quand nous sommes arrivés ici!
Sa voix s’élevait avec un tremblement contenu.
—Il le fallait, dit-il. Il le fallait—pour l’avenir.
Il croisa les bras, hocha la tête.
—L’avenir! s’écria-t-il tout d’un coup comme un prophète. De quels yeux ceux qui vivront après nous et dont le progrès—qui vient comme la fatalité—aura enfin équilibré les consciences, regarderont-ils ces tueries et ces exploits dont nous ne savons pas même, nous qui les commettons, s’il faut les comparer à ceux des héros de Plutarque et de Corneille, ou à des exploits d’apaches!
«Et pourtant, continua Bertrand, regarde! Il y a une figure qui s’est élevée au-dessus de la guerre et qui brillera pour la beauté et l’importance de son courage...»