On sort de l’abri inhabitable. Le temps s’est un peu adouci: la neige a fondu et tout s’est resali.
—L’vent a léché l’sucre, dit Marthereau.
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Je suis désigné pour accompagner Joseph Mesnil au Poste de Secours des Pylônes. Le sergent Henriot me donne livraison du blessé et me remet le billet d’évacuation.
—Si vous rencontrez Bertrand en route, nous dit Henriot, faudrait voir d’avoir à y dire de s’grouiller, hé? Bertrand est parti en liaison cette nuit et on l’attend depuis une heure—même que l’vieux s’impatiente et parle de s’foutre en colère d’un moment à l’autre.
Je m’achemine avec Joseph qui, un peu plus pâle que de coutume et toujours taciturne, marche tout doucement. De temps en temps, on le voit s’arrêter, la figure crispée. Nous suivons les boyaux.
Un bonhomme paraît tout d’un coup. C’est Volpatte, qui dit:
—J’vais aller avec vous jusqu’au bas de la côte.
Désœuvré, il manie une magnifique canne torse et secoue dans sa main comme des castagnettes la précieuse paire de ciseaux qui ne le quitte jamais.
Nous sortons tous trois du boyau quand la pente du terrain permet de le faire sans danger de balles—puisque le canon ne donne pas. Aussitôt dehors, nous heurtons un rassemblement. Il pleut. A travers les jambes lourdes plantées comme des arbres tristes, dans la brume, sur la plaine bise, on aperçoit un mort.