Pour le moment, une forte reculade se dessine et nous entraîne parmi laquelle une rumeur court:
—On s’est perdus.
La vérité se fait jour dans la confusion de la horde errante: On a fait fausse route à quelque embranchement, et maintenant, c’est le diable pour retrouver la bonne voie.
Bien plus, le bruit arrive, de bouche en bouche, que derrière nous est une compagnie en armes qui monte aux lignes. Le chemin que nous avons pris est bouché d’hommes. C’est l’embouteillage.
Il faut, coûte que coûte, essayer de regagner la tranchée qu’on a perdue et qui, paraît-il, est à notre gauche, en y filtrant par une sape quelconque. L’énervement des hommes à bout de forces éclate en gesticulations et en violentes récriminations. Ils se traînent, puis jettent leur outil et restent là. Par places, il en est des grappes compactes—on les entrevoit à la blancheur des fusées—qui se laissent tomber par terre. La troupe attend, éparpillée en longueur du sud au nord, sous la pluie impitoyable.
Le lieutenant qui conduit la marche et qui nous a perdus arrive à se frayer un passage le long des hommes, cherchant une issue latérale. Un petit boyau s’ouvre, bas et étroit.
—C’est par la qu’il faut prendre, y a pas d’erreur, s’empresse de dire l’officier. Allons, en avant, les amis!
Chacun reprend en rechignant son fardeau... Mais un concert de malédictions et de jurons s’élève du groupe qui s’est déjà engagé dans la petite sape.
—C’est des feuillées!
Une odeur nauséabonde se dégage du boyau, en décelant indiscutablement la nature. Ceux qui étaient entrés là s’arrêtent, se butent, refusent d’avancer. On se tasse les uns sur les autres, bloqués au seuil de ces latrines.