Il recracha, mais, épuisé par l’effort qu’il avait fait, il retomba dans son bain de vase et il remit là tête dans son crachat.

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Paradis, hanté, promenait sa main sur la largeur du paysage indicible, l’œil fixe, et répétait sa phrase:

—C’est ça, la guerre... Et c’est ça partout. Qu’est-ce qu’on est, nous autres, et qu’est-ce que c’est, ici? Rien du tout. Tout ça qu’tu vois, c’est un point. Dis-toi bien qu’il y a ce matin dans le monde trois mille kilomètres de malheurs pareils, ou à peu près, ou pires.

—Et puis, dit le camarade qui était à côté de nous—et qu’on ne reconnaissait pas, même à la voix qui sortait de lui—demain ça r’commencera. Ça avait bien r’commencé avant-hier et les autres jours d’avant!

Le chasseur, avec effort, comme s’il déchirait le sol, arracha son corps de la terre où il avait moulé une dépression semblable à un cercueil suintant, et il s’assit dans ce trou. Il cligna des yeux, secoua sa figure frangée de vase, pour la nettoyer, et dit:

—On s’en tirera cette fois-ci encore. Et qui sait, p’têt que demain aussi on s’en tirera! Qui sait?

Paradis, le dos plié sous des tapis de terreau et de glaise, cherchait à rendre l’impression que la guerre est inimaginable, et incommensurable dans le temps et l’espace.

—Quand on parle de toute la guerre, songeait-il tout haut, c’est comme si on n’ disait rien. Ça étouffe les paroles. On est là, à r’garder ça, comme des espèces d’aveugles...

Une voix de basse roula un peu plus loin: