—Pour nous, dit Marthereau, la guerre, c’est toujours la lutte et la bataille, toujours, toujours!
*
* *
On frappe de porte en porte, on se présente timidement, on s’offre, comme une marchandise indésirable. Une de nos voix s’élève:
—Vous n’avez pas un petit coin, madame, pour des soldats? On paierait.
—Non, vu que j’ai des officiers—ou: des sous-officiers—ou bien: vu que c’est ici la popote des musiciens, des secrétaires, des postiers, de ces messieurs des Ambulances, etc...
Déboires sur déboires. Successivement, on referme toutes les portes qu’on a entr’ouvertes, et on se regarde, de l’autre côté du seuil, avec une provision diminuante d’espoir dans l’œil.
—Bon Dieu! tu vas voir qu’on va rien trouver, grogne Barque. Y a eu trop d’ choléras qui s’sont démerdés avant nous. Quels fumiers que les autres!
Le niveau de la foule monte de toutes parts. Les trois rues se noircissent toutes, selon le principe des vases communicants. On croise des indigènes: des vieux ou des hommes mal fichus, tordus dans leur marche ou au facies avorté, ou bien des êtres jeunes, sur qui planent des mystères de maladies cachées ou de relations politiques. Dans les jupons, des vieilles femmes, et beaucoup de jeunes filles, obèses, aux joues ouatées, et qui balancent des blancheurs d’oies.
A un moment, entre deux maisons, dans une ruelle, j’ai une vision brève: une femme a traversé le trou d’ombre...
C’est Eudoxie! Eudoxie, la femme-biche que Lamuse pourchassait là-bas, dans la campagne, comme un faune, et qui, le matin où l’on a ramené Volpatte blessé et Fouillade, m’est apparue, penchée au bord du bois, et reliée à Farfadet par un commun sourire.