Il y en a de moins chanceux que nous, qui d’ores et déjà sont impliqués dans l’engrenage des corvées.
A Lamuse qui lui demande de venir flânocher avec nous, Corvisart répond en tripotant sur sa face oblongue son petit nez rond planté horizontalement comme un bouchon:
—J’peux pas: J’ suis d’ colombins!
Il montre la pelle et le balai à l’aide desquels il accomplit le long des murs, penché dans une atmosphère malade, sa tâche de boueux et de vidangeur.
Nous marchons à pas alanguis. L’après-midi pèse sur la campagne assoupie, et écrase les estomacs garnis et ornés richement de victuaille. On échange de rares propos.
Là-bas, on entend des cris: Barque est en proie à une ménagerie de ménagères... Et la scène est épiée par une fillette pâle, aux cheveux réunis par derrière en un pinceau de filasse, à la bouche brodée de boutons de fièvre, et par des femmes qui, installées devant leur porte, dans un peu d’ombre, travaillent à quelque fade ouvrage de lingerie.
Six hommes passent conduits par un caporal-fourrier. Ils sont porteurs de piles de capotes neuves, et de ballots de chaussures.
Lamuse considère ses pieds boursouflés, racornis:
—Y a pas d’erreur. I’ m’ faut des péniches, un peu plus tu verrais mes panards à travers celles-ci... J’peux pourtant pas marcher sur la peau d’ mes pinceaux, hein?
Un aéroplane ronfle. On suit ses évolutions, la face en l’air, le cou tordu, les yeux larmoyants de l’éclat aigu du ciel. Quand nos regards sont retombés ici-bas, Lamuse me déclare: