—On est bien, dit Barque.

—Vise les petits canards, répond Volpatte. I’s sont boyautants.

On voit passer une file de canetons tout jeunes—presque encore des œufs à pattes,—et dont la grande tête tire en avant le corps chétif et boiteux, très vite, par la ficelle du cou. De son coin, le gros chien les suit aussi de son œil honnête, profondément noir, où le soleil, posé sur lui en écharpe, met une belle roue fauve.

Au delà de cette cour de ferme, par l’échancrure du mur bas, se présente le verger, dont un feutrage vert, humide et épais, recouvre la terre onctueuse, puis un écran de verdure avec une garniture de fleurs, les unes blanches comme des statuettes, les autres satinées et multicolores comme des nœuds de cravate. Plus loin, c’est la prairie, où l’ombre des peupliers étale des rayures vert noir et vert or. Plus loin encore, un carré de houblons, debout, suivi d’un carré de choux assis en rang par terre. On entend dans le soleil de l’air et dans le soleil de la terre, les abeilles qui travaillent musicalement, en conformité avec les poésies, et le grillon qui, malgré les fables, chante sans modestie et remplit à lui seul tout l’espace.

Là-bas, du faîte d’un peuplier descend, toute tourbillonnante, une pie qui, mi-blanche, mi-noire, semble un morceau de journal à moitié brûlé.

Les soldats s’étirent délicieusement sur un banc de pierre, les yeux demi-clos, et s’offrent au rayon qui, dans le creux de cette vaste cour, chauffe l’atmosphère comme un bain.

—Voilà dix-sept jours qu’on est là! Et on croyait qu’on allait s’en aller du jour au lendemain!

—On n’sait jamais! dit Paradis, en hochant la tête et en claquant la langue.

Par la poterne de la cour ouverte sur le chemin, on voit se promener une bande de poilus, le nez en l’air, gourmands de soleil, puis, tout seul, Tellurure: au milieu de la rue, il balance le ventre florissant dont il est propriétaire, et déambulant sur ses jambes arquées comme deux anses, crache tout autour de lui, abondamment, richement.

—On croyait aussi qu’on s’rait malheureux ici comme dans les autres cantonnements. Mais cette fois-ci, c’est le vrai repos, et par le temps qu’i’ dure, et par la chose qu’il est.