Moi, je suis fort, c’est vrai, ce n’est pas pour rien qu’on m’appelle Hercule. Cependant, je m’étonne vraiment de la vigueur de ces petites créatures. Lorsque j’entends les hommes se vanter de leur habileté, de leur force, je ris... Si un être humain, même aidé de tous ses outils, pouvait accomplir en un jour ce qu’une simple fourmi achève sans outils, il serait l’étonnement du monde!

Voici ce que j’ai vu faire à une fourmi:

Elle commence par ouvrir et creuser un fossé dans le sol, sur environ six à sept millimètres de profondeur, pétrissant la terre qu’elle en retire en petites boulettes qu’elle place de chaque côté du fossé, de manière à former une sorte de mur. L’intérieur du fossé est fait parfaitement uni et poli, de sorte qu’une fois terminé il ressemble à une vraie tranchée de chemin de fer. Mais ce n’est pas tout; la fourmi, regardant autour d’elle, vit qu’il y avait encore tout à côté une autre ouverture de la maison à laquelle il convenait de construire une route, et immédiatement elle se mit à travailler à un second chemin semblable au premier, parallèle à lui, et les sépara l’un de l’autre par un simple mur qui avait huit à neuf millimètres de haut.

Telles étaient mes réflexions et mes études en parcourant les environs de notre lande. J’arrivai ainsi à une colonie de Fourmis brunes (Formica brunea) et, ma foi! je tombai dans une véritable admiration en les regardant travailler. Nos esclaves ne sont pas encore de cette force-là, et je compte proposer, à la prochaine assemblée générale de la nation, de pousser une expédition vers ces travailleuses et de les substituer à nos anciennes esclaves. Évidemment, nous y gagnerons, et il n’est pas plus difficile—je le suppose—d’emporter les unes que les autres.

Je n’avais jamais vu cette fourmi travailler, parce que je passais toujours par là au milieu du jour; mais, cette fois, le soir venait, j’avais perdu beaucoup de temps à examiner les brunes cendrées, une légère brume tombait, je fus tout surpris de voir une telle animation dans une fourmilière qui m’avait jusque-là semblé à peu près abandonnée.

C’est ainsi que j’ai appris que la lumière du soleil, que nous aimons tant, nous autres, incommode ces hiboux-là. Trop de pluie ne leur plaît pas non plus, parce qu’elle endommage leurs constructions savantes et compliquées. Croirait-on que leur maison a souvent plus de quarante étages? O homme! où en es-tu? toi qui avec les caves n’en peux élever dix!... et qui encore ne sais les faire que horizontaux, tandis que nos architectes les bâtissent inclinés. Et ils tiennent! et ils sont solides, sains, secs!...

Cependant ces étages ne sont point divisés en cellules régulières comme les gâteaux des abeilles, des guêpes et des frelons; ils sont formés de chambres et de galeries de formes et de dimensions tout à fait irrégulières, admirablement polies à l’intérieur, et d’environ un demi-centimètre de haut. Les murs ont un peu plus d’un millimètre d’épaisseur. Maintenant, quel est le but de ces subdivisions nombreuses? C’est de régulariser la chaleur et l’humidité dans tout le bâtiment, en vue de l’éclosion des larves. Si, par exemple, le soleil, comme aujourd’hui, n’a pas été très ardent, et si l’instinct de ces braves petites gens—car ils sont si petits auprès de nous!—les avertit que les larves ont besoin de chaleur, eh bien! ils les emportent dans les chambres de l’étage supérieur: la chaleur y est plus forte qu’en bas. De même, s’il tombe une pluie épaisse qui coule dans le sous-sol, rien n’est plus aisé que de se porter, ainsi que les larves, dans la série des chambres supérieures, où tout le monde est à l’abri de l’inondation.

ON LES EMPORTE A L’ÉTAGE SUPÉRIEUR.