—En voilà assez, mère Anille; j’ai mon projet! merci.

Je retournai en toute hâte vers mes compagnons et leur expliquai ce que nous devions faire. Il nous fallait, à tout prix, des Clavigères, des Myrmédonies et des Loméchuses.

—Sus!... aux autres fourmis!... Sus!... avant tout, aux Noires cendrées, qui nous ont volé nos Clavigères!

Ce fut une fête dans la république que l’annonce d’une expédition semblable. On allait donc posséder un troupeau de friandises pour passer gaiement l’hiver, car nul ne doutait du succès.

Je réunis mes compagnons en un conciliabule secret:

—Que personne ne sorte! qu’aucune démonstration intempestive ne donne l’éveil aux espions que les Noires cendrées et les Rougeâtres peuvent avoir envoyé rôder aux environs! Nous n’avons qu’une très médiocre réputation comme bons voisins; montrons que, malgré leur lâche espionnage, nous savons nous dérober à leurs yeux lorsqu’il le faut. A la dernière razzia des esclaves, nous avons été vendus: les Noires-cendrées ont emporté les Clavigères qui nous appartenaient!... Cela crie vengeance!...

—Oui! oui! à mort les Noires cendrées!

—Bien, mes amis! j’aime à vous voir animés de ces sentiments de justice... Un procédé semblable au leur ne mérite point de ménagements.

—Marchons! marchons!