Le lendemain matin, je me trouvai dans un hôtel antique de Rochefort, où les deux frères étaient rentrés.
Enveloppé la nuit dans la nappe de tabis, je n’essayai pas de me regimber: c’eût été inutile. Je me laissai emporter, m’abandonnant à mon étoile, et ce fut là le commencement de mes voyages.
J’étais à Rochefort, toute voisine de la préfecture, et dès que les chercheurs de trésor eurent déposé leur fardeau dans une chambre où ils l’emportèrent, je sortis de ma cachette et me hâtai de gagner un endroit abrité où je pusse prendre un peu de repos. Je trouvai un excellent refuge dans le coffre à bois sur lequel le tabis avait été déposé contenant son précieux dépôt.
Cependant une odeur singulière, perceptible seulement pour nos organes délicats, me semblait remplir toute la pièce: et j’entendais autour de moi comme un frémissement particulier accompagné de petits coups répétés qui me donnèrent beaucoup à penser. Dans quel coupe-gorge étais-je tombé?
Je m’assoupis, néanmoins, appuyé à une bûche, et je ne sais si je rêvai, mais il me sembla que j’entendais couler quelque chose ou passer quelqu’un dans la bûche, comme si son intérieur eût été habité. Je me promis d’examiner le lendemain ce qui avait pu me donner cette singulière illusion et finis par m’endormir tout à fait... non sans avoir longtemps attendu le silence de la nuit; silence qu’on sent venir, monter, à mesure que l’ombre devient plus complète. Ce fut tout le contraire: plus la nuit se fit, plus le bruissement, le frôlement s’accentua, non seulement dans la bûche à laquelle je m’appuyais, mais encore dessus, dessous, tout autour de moi...
Au jour, tout s’assoupit et devint silencieux!
C’était le moment de m’enquérir de la cause de tout ce que j’avais entendu. Je courus, j’inspectai; je ne vis rien... rien! Partout cette odeur de bêtes que j’avais sentie la veille! Enfin, je sortis du coffre à bois et, remontant sur la fenêtre, je profitai d’un pied de vigne pour descendre commodément dans le jardin. J’y fis un abondant déjeuner de quelques fruits tombés, et toujours l’odeur que j’avais remarquée me poursuivait...
Cependant je ne voyais rien d’extraordinaire. Je résolus de descendre dans de belles caves dont l’escalier s’ouvrait devant moi.
—Ça des caves? me dis-je en avançant avec précaution; ce sont des grottes naturelles. Je vois des stalactites, et voici, le long du mur, des colonnettes engagées de matière calcaire...
J’examinais curieusement ces sortes de pilastres, quand mon oreille y perçut le même bruissement que dans la bûche de la boîte au bois... Je reculai vers un coin sombre pour m’arrêter à réfléchir. Comme j’en approchais, je vis s’élever devant moi une fourmi—je la reconnus de suite—mais d’une espèce différente de toutes celles que je connaissais jusque là dans le pays.