—Oui. Et pourquoi tout le monde a l’air content.

—C’est bien simple. C’est que les fourmis vont tout nettoyer.

—Bah!

—En dévorant tous les parasites qui nous rendent la vie si dure, mes pauvres amis.

—Oh! bénies soient-elles, en vérité.

—Vous savez aussi bien que moi que nous sommes ici sur la terre de multiplication. Partout où vous allez, vous trouvez ici des insectes qui mordent, des insectes qui tuent, des insectes qui égratignent, des insectes qui piquent. Quelques-uns vous laisseront peut-être tranquilles; en revanche, ils vous empesteront par l’horrible odeur qu’ils répandent dans l’air ou communiquent à tout ce qu’ils touchent. Les uns sont enfermés dans des carapaces aussi dures que la cuirasse du crabe et se moquent de toute espèce de violences; d’autres sont dodus, bombés, gros, enveloppés d’une peau fine, aussi juteux qu’une framboise trop mûre et s’écrasant au plus léger contact.

—Oh! les dégoûtantes bêtes!

—Sans parler des gros insectes volants, des blattes, des cancrelats de primo cartello, qui se jettent dans la bougie à l’éteindre, ou, à force de se rôtir au verre chaud d’une lampe, se brûlent les ailes et tombent sur la table, où ils tournent des heures entières, à la manière d’un tonton affolé...

—Sans parler de ces petites mouches qui ont la rage de passer et repasser sur mon papier et d’effacer de leurs pattes le dernier mot que je viens d’écrire...

—Sans parler des mille-pieds armés de crochets venimeux, dont le poison n’est guère moins dangereux que celui de la vipère...