En vérité, il faut avoir l’esprit aussi mal fait que l’ont les hommes pour y trouver à redire.
Ce qui doit frapper dans la manœuvre de nos compagnies conquérantes, c’est qu’elles ne rapportent jamais que des larves propres à donner des neutres. Quel besoin aurions-nous de mâles et de femelles? Aucun. Aussi, nous avons un moyen de les reconnaître... Mais ceci est inconnu des hommes et nous ne leur dirons jamais. Ce qui leur suffit, c’est de voir que les Polyergues ne se trompent jamais dans leurs expéditions successives, car une seule ne suffit pas; à mesure que la colonie augmente, il faut plus de serviteurs; on est donc obligé d’en aller conquérir à nouveau pour réparer les pertes faites par la mort et les accidents journaliers; il faut pourvoir à ce recrutement. Nous y pourvoyons.
II
ARCHITECTURE.—PLUIE CORROSIVE.
Mais il est temps, je crois, de parler un peu de moi.
Je suis grand, je suis fort, je suis courageux, je suis beau! Mes membres, élégamment et solidement attachés, ont la fermeté de l’acier, dont ils empruntent la couleur mordorée; ma taille est svelte, ma poitrine large, mes yeux vifs et mes pinces formidables.
Tous ces avantages se résument dans le surnom d’Hercule que, d’une commune voix, tout un clan m’a donné.
Les Polyergues roussâtres, les plus puissantes des fourmis de la France par leur courage dans les combats, forment un peuple composé de quatre ordres de citoyens: les mâles, les femelles, les neutres ou guerriers... et les esclaves, ouvriers conquis sur des espèces convenables.
Je suis neutre, moi, et m’en fais gloire.
Est-il une vie plus noble, plus chevaleresque que la mienne: combattre, vaincre ou mourir!
Les mâles me font pitié, malgré leurs ailes gracieuses. Comment! ils vivent plus de quatre mois pour s’envoler un beau soir et mourir au point du jour! Fi!... nous, nous vivons des années, et, tout ce temps, nous le passons à servir la patrie et la nation, à contribuer à sa grandeur, à sa puissance; à nous faire servir comme des rois... et à jouir du soleil!