--Pourquoi le chef yakang pleure-t-il? A cette heure, sa fille est heureuse. Le Grand-Esprit avait besoin d'une épouse, il a choisi l'étoile des Yakangs.
--Le démon du Champ Rouge dit-il vrai?
--Que la Flèche-Noire lève les yeux au ciel cette nuit, il verra sa fille briller parmi les étoiles de Wacondah.
Le chef yakang retomba dans sa triste rêverie.
--Ahl dit-il en relevant la tête, le Maître de la vie est cruel. Pourquoi m'a-t-il sitôt enlevé ma fille?
--Courage! mon frère, ajouta le trappeur en montrant le ciel Là-haut existe une patrie où tous tant que nous sommes, indiens et visages pâles, nous retrouverons un jour ceux que nous pleurons, et où nous pourrons les aimer pendant toute l'éternité!...
Environ un an après les événements que nous venons de raconter, un jeune homme, sortant des prairies du Nord, venait s'embarquer à Québec sur l'Alcyon, paquebot en partance pour la France. Ce jeune homme était Raoul de Valverf, porteur de traites sur les principales maisons de Paris et de Londres pour une valeur de plus de cent cinquante mille francs. D'où lui venait cette fortune? De ses amis les Indiens, qui pendant toute l'année avaient chassé et trappe sans relâche, lui avaient cédé les peaux des animaux tués et les avaient eux mêmes transportées à Québec, où le Marcheur, habitué de longue date à ces trafics, les avait vendues au moment opportun en réalisant d'énormes bénéfices.
Raoul avait engagé le trappeur à l'accompagner en France; mais à toutes ses avances le Marcheur secouait la tête:
--Non! monsieur le marquis, merci. Je veux mourir parmi mes frères les Indiens... Vos pays civilisés sont trop petits mon ours et moi ne tarderions pas à y périr d'ennui.