--Vive Dieu! Faites vite: le combat de tantôt m'a mis en appétit.

Le Marcheur plaça vers le seuil de sa hutte trois branches d'arbre formant trépied.

--Voici la broche, dit-il... Allons! maître Martin, apportez-moi le rôti!

L'ours, ainsi interpellé, se dressa sur ses pattes, et, saisissant dans sa gueule un quartier de cerf accroché au mur, l'apporta à son maître.

--Pardieu! fit le marquis en jetant un regard de côté au grizzly, voici la première fois je que je vois un semblable animal en tête-à-tête avec un morceau de venaison sans qu'il fasse avec lui plus ample connaissance.

--Martin est incapable d'une mauvaise action et même d'une mauvaise pensée; il sait que tôt ou tard il aura sa part et il préfère l'attendre. D'ailleurs, quand mon absence se prolonge et que la faim le presse trop vivement, il n'est pas embarrassé de chasser pour son compte, et alors même il a soin de rapporter au logis ce qui lui reste après son repas.

--Un grizzly apprivoisé! Cela ne s'est jamais vu.

--Bah! cela se voit, puisqu'en voilà un devant vous!

--Mais si l'envie lui venait de goûter un peu du trappeur blanc?

--Bah! J'ai pris Martin tout petit. Je l'ai nourri, élevé, je l'ai vu grandir... Ma foi! depuis six ans que nous vivons ensemble, jamais un nuage n'est venu obscurcir notre amitié... Messieurs, le rôti est prêt. A table, reprit le trappeur.